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Moins facile que ça en a l’air…

Moins facile que ça en a l’air…

Comme la fin de l’année approche et que c’est généralement la période des bilans, j’aimerais faire un retour sur le combat le plus attendu, le plus improbable et le plus lucratif de l’histoire, toutes disciplines confondues. Le 26 août dernier, Conor McGregor, un expert en arts martiaux mixtes et champion de l’UFC (Ultimate Fighting Championship), a affronté le boxeur invaincu Floyd Mayweather dans un combat de boxe.

Malgré un départ prometteur, Conor McGregor s’est incliné par arrêt de l’arbitre (K.-O. technique) au dixième assaut, un résultat peu surprenant. En effet, il s’agissait de son premier combat de boxe professionnel! Heureusement pour lui, il a empoché plus de 100 millions de dollars pour avoir tenté l’expérience…

« Investir à la Bourse, c’est simple, mais pas facile. »
— Warren Buffett

Chaque jour, un grand nombre d’étudiants, de retraités ou de personnes à la recherche d’un nouveau défi professionnel se lancent dans la négociation active, croyant qu’ils connaîtront rapidement du succès. À l’image de Conor McGregor, ils ont l’impression que la transition sera facile, ce qui n’est malheureusement pas le cas.

Selon moi, l’une des principales difficultés est d’accepter le fait qu’il n’existe pas nécessairement de relation de cause à effet qui justifie les mouvements boursiers d’importance. En effet, l’être humain aime comprendre un phénomène en établissant une relation de causalité. L’argument rationnel lui donne alors une impression de contrôle et, par le fait même, lui permet de réagir adéquatement. Je vous pose toutefois la question suivante : ce raisonnement aide-t-il à prévoir le comportement boursier? Je n’en suis pas si sûr…

Qui n’a jamais acheté d’actions d’une compagnie à la suite de la publication d’excellents résultats financiers trimestriels qui, en dépit de cela, ont reculé? À cet égard, l’économiste réputé Robert J. Shiller avance que l’humeur et le comportement des participants de marché expliqueraient plus de 50 % de la volatilité boursière!

Pour composer avec cette réalité, il est primordial de se fier à un processus décisionnel rigoureux au lieu de fonder son opinion sur une nouvelle financière. Ainsi, vous serez moins influencé par les médias financiers. Bien évidemment, pour assouvir notre désir d’établir des liens de causalité, ces derniers n’hésitent pas à évoquer des raisons motivant les fluctuations boursières, un exercice qui s’avère toutefois futile.

Par exemple, en décembre 2003, deux manchettes ont été publiées à une demi-heure d’intervalle par Bloomberg, un fournisseur d’information économique et financière, pour expliquer la réaction des participants de marché suivant la capture de Saddam Hussein, l’ancien dictateur irakien :

13 h 1 – Les cours obligataires américains augmentent; l’arrestation de Saddam Hussein ne freinera pas le terrorisme.
13 h 31 – Les cours obligataires américains baissent; l’arrestation de Saddam Hussein ravive l’appétit pour les actifs plus risqués.

Comme vous l’avez sûrement constaté, Bloomberg n’a eu d’autre choix que de modifier la manchette initiale pour tenir compte du changement de direction des cours obligataires américains.

Il est donc essentiel d’apprendre les principes qui sous-tendent le comportement boursier, sans quoi vous risquez « d’être mis K.-O. », comme l’a été Conor McGregor, une expérience qui sera assurément moins payante…

Sources

Aurélien. McGregor a-t-il la moindre chance de battre Mayweather?, Booska, 24 juin 2017.
Nassim Nicholas Taleb. The Black Swan : The impact of the Highly Improbable, Penguin, 2008.
Raphaël Bergeron-Gosselin. Un sport différent, mais la même confiance pour McGregor, TVA Sports, 16 août 2017.
Robert J. Shiller. Market Volatility, MIT Press, 1989.

Pour le meilleur et pour le pire…

Pour le meilleur et pour le pire…

Aux couples qui envisagent de se marier, j’ai une bonne et une mauvaise nouvelle pour vous.

Commençons par la mauvaise. Selon l’Organisation mondiale de la santé, le taux de divorce s’élève à près de 50 %. Un tel résultat s’explique notamment par une méconnaissance des dynamiques relationnelles, une incompatibilité des caractères, un désaccord sur les priorités de vie ou un partage inégal des tâches domestiques.

Maintenant, la bonne nouvelle. D’après une étude menée par le Dr James McNulty, professeur de psychologie à l’Université d’État de Floride, il est possible d’augmenter la probabilité de réussite conjugale. En effet, après avoir analysé l’évolution de la relation de 135 nouveaux couples mariés pendant quatre ans, il a constaté que de faibles attentes envers son partenaire sont associées à un degré plus élevé de bonheur et de satisfaction! Assurément, ce principe s’applique aussi à la Bourse…

« Je me sens toujours heureux, vous savez pourquoi? Parce que je n’attends rien de personne. Les attentes font toujours mal, la vie est courte. Aimez votre vie, soyez heureux et gardez le sourire. »
— William Shakespeare

Avant d’effectuer une transaction, un négociateur actif averti prend le temps nécessaire pour la planifier, c’est-à-dire qu’il sélectionne un titre selon des critères préétablis et qu’il prévoit son prix d’entrée et de sortie. Ainsi, il est convaincu que chacune de ses transactions sera profitable, créant par le fait même des perspectives de rendement irréalistes. Comme vous le savez, étant donné le caractère incertain et aléatoire du marché boursier, les pertes sont inévitables. Il est donc impératif de réajuster ses attentes. Autrement, à l’image d’un mariage malheureux, vous pourriez ressentir de la frustration.

Pour ce faire, l’excellent blogueur boursier Adam Grimes propose d’une part d’évaluer la performance non pas en fonction du résultat de la prochaine transaction, mais bien de celui obtenu à la suite d’un grand nombre d’opérations boursières. Ainsi, plutôt que de se décourager lorsqu’une transaction s’avère infructueuse, il est préférable d’évaluer son rendement à la fin du trimestre ou de l’année, par exemple. D’autre part, il invite au lâcher-prise en se concentrant plutôt sur ce que l’on maîtrise. Inutile donc de vociférer lorsque le cours de vos actions baisse, assurez-vous plutôt de respecter votre plan d’action. Avec un tel état d’esprit, vous serez mieux outillé pour accepter le meilleur et le pire dans une perspective globale à long terme…

Sources

Adam Grimes. The Art & Science of Trading – Course Workbook, Detailed Examples & Further Reading, Hunter Hudson Press, 2017.
James K. McNulty. Should Spouses Be Demanding Less from Marriage? A Contextual Perspective on the Implications of Interpersonal Standards, Personality and Social Psychology Bulletin, 16 mars 2016.
Nancy Shute. If You Set High Expectations For Your Marriage, Is it Doomed? NPR, 16 mars 2016.
Yvon Dallaire. Le couple et le divorce, Le Journal de Montréal, 8 février 2014.

Qui ne tente rien n’a rien!

En 1747, à bord du navire britannique HMS Salisbury, le Dr James Lind tente désespérément de soulager douze marins atteints du scorbut, une maladie causée par une carence en vitamine C. Pour ce faire, il les sépare par groupe de deux, puis propose un traitement différent à chacune des six paires (acide sulfurique, cidre, jus d’agrumes, eau de mer, pâte d’écorce et vinaigre). Heureusement, le docteur observe une nette amélioration de l’état de santé des deux marins ayant bu le jus d’agrumes. Un an plus tard, il publie son Traité du scorbut pour démontrer l’efficacité de l’orange et du citron pour vaincre le scorbut.

« On rate 100 % des lancers que nous ne prenons pas. »
— Wayne Gretzky, ancien joueur de hockey professionnel

D’un point de vue statistique, on constate qu’un seul traitement sur six a fonctionné, ce qui représente un taux de succès de 17 %. Est-ce une donnée révélatrice? Bien sûr que non, car le Dr Lind a trouvé un moyen de guérir et de prévenir le scorbut! Grâce à une approche par « essai-erreur », il est possible d’accomplir de belles choses, une méthode utilisée par plusieurs personnes et organisations à succès.

Par exemple, cet automne, Louis-José Houde présente son nouveau spectacle Préfère novembre en rodage à L’Olympia de Montréal. Ainsi, l’humoriste pourra peaufiner ses textes en éliminant, en modifiant et en ajoutant des blagues afin d’offrir un spectacle de qualité. Quant à l’entreprise Google, qui est un chef de file mondial en matière d’innovation, elle applique rigoureusement le concept du fail fast forward : tester, échouer et tirer des leçons. À cet égard, seulement entre 2012 et 2013, Google a abandonné 70 initiatives technologiques!

Lorsqu’on commence à la Bourse, on cherche la formule gagnante et, par conséquent, on lit des livres, on participe à des formations en ligne ou on s’abonne à des infolettres financières. Bien que cette stratégie semble prometteuse, est-elle suffisante? Selon moi, à l’image du Dr Lind, de Louis-José Houde et de Google, il n’y a rien de mieux que d’élaborer et de tester soi-même des stratégies de négociation pour sélectionner celles qui correspondent à son profil ainsi que pour parfaire ses connaissances. Sans quoi vous risquez de manquer le bateau…

Sources

Christine Kerdellant. Ils se croyaient les meilleurs, Éditions Denoël, 2016.

Philip E. Tetlock, Dan Gardner. Superforecasting : The Art and Science of Prediction, Signal, 2015.

Soline Roy. Le scorbut, maladie des marins désormais au cœur des villes, Le Figaro.fr-Santé, 2 décembre 2016.

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