Blogue

Qui ne tente rien n’a rien!

Qui ne tente rien n’a rien!

En 1747, à bord du navire britannique HMS Salisbury, le Dr James Lind tente désespérément de soulager douze marins atteints du scorbut, une maladie causée par une carence en vitamine C. Pour ce faire, il les sépare par groupe de deux, puis propose un traitement différent à chacune des six paires (acide sulfurique, cidre, jus d’agrumes, eau de mer, pâte d’écorce et vinaigre). Heureusement, le docteur observe une nette amélioration de l’état de santé des deux marins ayant bu le jus d’agrumes. Un an plus tard, il publie son Traité du scorbut pour démontrer l’efficacité de l’orange et du citron pour vaincre le scorbut.

« On rate 100 % des lancers que nous ne prenons pas. »
— Wayne Gretzky, ancien joueur de hockey professionnel

D’un point de vue statistique, on constate qu’un seul traitement sur six a fonctionné, ce qui représente un taux de succès de 17 %. Est-ce une donnée révélatrice? Bien sûr que non, car le Dr Lind a trouvé un moyen de guérir et de prévenir le scorbut! Grâce à une approche par « essai-erreur », il est possible d’accomplir de belles choses, une méthode utilisée par plusieurs personnes et organisations à succès.

Par exemple, cet automne, Louis-José Houde présente son nouveau spectacle Préfère novembre en rodage à L’Olympia de Montréal. Ainsi, l’humoriste pourra peaufiner ses textes en éliminant, en modifiant et en ajoutant des blagues afin d’offrir un spectacle de qualité. Quant à l’entreprise Google, qui est un chef de file mondial en matière d’innovation, elle applique rigoureusement le concept du fail fast forward : tester, échouer et tirer des leçons. À cet égard, seulement entre 2012 et 2013, Google a abandonné 70 initiatives technologiques!

Lorsqu’on commence à la Bourse, on cherche la formule gagnante et, par conséquent, on lit des livres, on participe à des formations en ligne ou on s’abonne à des infolettres financières. Bien que cette stratégie semble prometteuse, est-elle suffisante? Selon moi, à l’image du Dr Lind, de Louis-José Houde et de Google, il n’y a rien de mieux que d’élaborer et de tester soi-même des stratégies de négociation pour sélectionner celles qui correspondent à son profil ainsi que pour parfaire ses connaissances. Sans quoi vous risquez de manquer le bateau…

Sources

Christine Kerdellant. Ils se croyaient les meilleurs, Éditions Denoël, 2016.

Philip E. Tetlock, Dan Gardner. Superforecasting : The Art and Science of Prediction, Signal, 2015.

Soline Roy. Le scorbut, maladie des marins désormais au cœur des villes, Le Figaro.fr-Santé, 2 décembre 2016.

Et si la chance vous souriait?

Selon vous, quels sont les facteurs qui contribuent au succès professionnel?

L’intelligence, le talent et la persévérance sont les principaux critères de réussite évoqués dans les médias, le système d’éducation, les livres de croissance personnelle et le milieu familial. Ainsi, cette quête semble être à la portée de tous, ce qui est très encourageant. Dans la réalité, ce n’est malheureusement pas suffisant. En fait, vous connaissez sûrement une personne intelligente, talentueuse et tenace qui n’a pas encore obtenu l’emploi rêvé, décroché un premier grand rôle à la télévision ou réussi en affaires. Que cela vous plaise ou non, le facteur chance peut influer considérablement sur la probabilité de succès.

Par exemple, l’acteur américain Bryan Cranston connaît la gloire après avoir personnifié Walter White dans la série culte Breaking Bad. Or, saviez-vous que les acteurs John Cusack et Matthew Broderick avaient préalablement refusé le rôle vedette? Grâce à cette occasion en or, la carrière de Bryan Cranston a finalement pris son envol.

« Car on donnera à celui qui a, et il sera dans l’abondance, mais à celui qui n’a pas, on ôtera même ce qu’il a. »
— Matthieu, chapitre 25, verset 29

En 1968, le sociologue américain Robert K. Merton s’est inspiré de cette référence évangélique pour expliquer le phénomène par lequel les chercheurs scientifiques réputés avaient tendance à se voir attribuer davantage de crédit pour une idée ou des projets de recherche aux dépens de scientifiques plus jeunes ou inconnus – c’est ce qu’il a appelé « l’effet Matthieu ». Alors, dans le cas de Bryan Cranston, le simple fait qu’il soit maintenant un acteur bien établi lui donne plus d’occasions de jouer des rôles de premier plan au cinéma et à la télévision. C’est pourquoi il ne faut pas sous-estimer le facteur chance dans l’équation du succès. Si vous n’êtes pas encore convaincu, lisez ce qui suit.

Sans contredit, La Joconde, ou Portrait de Mona Lisa, est l’une des œuvres d’art les plus célèbres et les plus convoitées au monde. Chaque jour, ce tableau attire entre 15 000 et 20 000 visiteurs et sa valeur est estimée à un milliard d’euros! Mais qu’est-ce qui explique une telle notoriété? Son sourire énigmatique, le mystère entourant son identité ou le fait que cette peinture ait été réalisée par Léonard de Vinci? Eh bien, il paraît que le véritable engouement n’a débuté qu’en 1911 lorsqu’elle a été volée! En effet, après deux ans de recherche intensive par les corps policiers et de couverture médiatique internationale, son succès a été instantané auprès du grand public lorsqu’elle a retrouvé sa place au musée du Louvre à Paris. Il s’agit ici d’une autre belle manifestation de « l’effet Matthieu ».

De toute évidence, nul ne peut prédire avec certitude si vous bénéficierez un jour de « l’effet Matthieu ». Vous devez donc lâcher prise sur le résultat et vous concentrer sur les aspects sur lesquels vous exercez un contrôle. À l’image de la Mona Lisa, je vous invite donc à garder le moral, car la chance pourrait bientôt vous sourire.

Sources

Europe 1 – Le Jdd. Une journée dans la vie de la Joconde, 20 juin 2017.
Robert H. Frank. Success and Luck: Good Fortune and the Myth of Meritocracy, Princeton University Press, 2016.
Sheena McKenzie. Mona Lisa: The theft that created a legend, CNN, 19 novembre 2013.

Accepter plutôt que résister

Récemment, le clip de la chanson Despacito est devenu la vidéo la plus visionnée de l’histoire de la plateforme YouTube avec plus de 4 milliards de téléchargements. De plus, la version audio a trôné au sommet des palmarès dans 45 pays et a atteint le top 10 de neuf autres pays. Pour ceux qui ne l’auraient jamais entendue, ce qui serait très surprenant, je vous invite à cliquer sur le lien ci-dessous. Étant le succès musical de l’été, la chanson a joué très fréquemment à la radio, dans les centres commerciaux, dans les ascenseurs et, surtout, dans ma tête!

À maintes reprises, je me suis efforcé de ne pas y penser, mais sans succès. D’ailleurs, je me suis même surpris à fredonner le refrain au grand dam de ma conjointe! Heureusement, je ne suis pas seul. Selon la professeure Kelly Jakubowski de l’Université Durham, environ 90 % de la population aurait un ver d’oreille au moins une fois par semaine. Pour s’en débarrasser, elle recommande notamment de chanter la chanson, de l’ignorer ou de se distraire en pensant à une autre chanson, des stratégies plus efficaces que la mienne (technique de suppression).

Le test de l’ours blanc

Dans le cadre de ses expériences, le psychologue Daniel Wegner a démontré que lorsqu’on demande à quelqu’un de supprimer volontairement une pensée, il lui est très difficile de s’en départir. C’est ce que l’on appelle « l’effet rebond ». Pour mieux illustrer ce point, voici un petit exercice :

1 – Fermez les yeux et pensez à un ours blanc. Imaginez-le dans les moindres détails, c’est-à-dire la forme de sa tête et de son corps, la texture de sa fourrure ainsi que son odeur. Lorsque vous aurez terminé, ouvrez les yeux.

2 – Fermez à nouveau les yeux et essayez de ne pas penser à l’ours blanc. Vous ne devez plus le voir et être certain de ne plus l’avoir en mémoire.

Avez-vous réussi? Eh oui, malgré la consigne, vous avez sûrement pensé à l’ours blanc, un résultat conforme aux attentes. C’est pourquoi toute technique de suppression s’avère futile, un principe qui s’applique aussi pour la gestion des émotions.

Chez le négociateur actif, « l’effet rebond » est un phénomène fréquent. Après quelques transactions consécutives non profitables, le doute s’installe et des pensées négatives surgissent alors (p. ex. : tu es un perdant, tu n’y arriveras jamais, tu devrais te trouver un autre emploi), ce qui nuit à la performance.

Pour éliminer ces pensées, à l’image de la chanson Despacito, nous nous répétons sans cesse ceci : arrête d’y penser! Comme vous le savez, cette tactique ne fonctionne pas. Je vous suggère donc, d’une part, d’accepter ces pensées telles qu’elles sont et, d’autre part, de vous concentrer sur le moment présent afin de négocier dans votre intérêt. Tôt ou tard, ces pensées négatives seront de l’histoire ancienne comme la chanson Despacito

Sources

Associated Press. Des chercheurs élucident ce qui fait un bon ver d’oreille, La Presse, 4 novembre 2016.

Daniel M. Wegner. White Bears and Other Unwanted Thoughts: suppression, obsession, and the psychology of mental control, The Guilford Press, 1994.

Inscrivez-vous à mon infolettre



Pin It on Pinterest

Share This